Un business plan rédigé par un modèle de langage se repère en trente secondes. Un business plan structuré avec l'aide d'un modèle, puis rempli avec vos chiffres et vos sources, ne se repère pas — parce qu'il n'y a rien à repérer.
Toute la différence tient à l'ordre des opérations. Les huit prompts ci-dessous ne servent pas à produire du texte à copier dans votre dossier. Ils servent à poser les bonnes questions dans le bon ordre, à obtenir une trame et une liste de vérifications, et à repérer ce que vous n'avez pas encore décidé.
Chaque prompt est suivi de sa vérification. Elle n'est pas optionnelle : c'est la partie qui distingue un dossier solide d'un dossier généré.
La règle qui vaut pour les huit
Ne demandez jamais au modèle de rédiger une partie qu'il ne peut pas connaître.
Il ne connaît ni votre marché local, ni vos coûts réels, ni votre capacité d'exécution, ni ce que votre banquier a refusé le mois dernier. Ce qu'il sait faire, c'est structurer, reformuler, élargir votre champ et contredire — les quatre usages détaillés dans ChatGPT peut-il valider votre idée de business ?.
Concrètement : fournissez les chiffres, demandez la structure. Jamais l'inverse.
Et gardez cette phrase dans un coin : tout nombre que le modèle produit sans que vous le lui ayez donné est à vérifier ou à supprimer. Sans exception.
1. Cadrer le projet avant d'écrire quoi que ce soit
Je prépare un business plan pour le projet suivant :
[décris ton projet en 5 à 10 lignes : quoi, pour qui, comment tu gagnes de l'argent]
Ne rédige rien pour l'instant.
Liste les 12 questions auxquelles mon business plan devra répondre pour être
crédible auprès d'un banquier français, classées de la plus structurante à
la moins structurante.
Pour chacune, indique si ma description ci-dessus y répond déjà, y répond
partiellement, ou n'y répond pas du tout.
Pourquoi ce prompt en premier : il transforme un projet flou en liste de trous à combler. La colonne « n'y répond pas du tout » est votre plan de travail des deux semaines à venir.
La vérification : aucune, c'est un prompt de cadrage. Mais gardez la liste — les prompts suivants s'y raccrochent.
2. Formuler le problème et la proposition de valeur
Voici mon projet : [rappel]
Voici ce que je crois être le problème que je résous : [ta formulation]
1. Reformule ce problème en trois versions différentes : du point de vue du
client, du point de vue du marché, du point de vue d'un investisseur.
2. Pour chaque version, indique quelle preuve concrète il faudrait apporter
pour la rendre crédible.
3. Signale si ma formulation initiale décrit une solution déguisée en problème.
La vérification : le point 3 est le plus utile. Si le modèle vous répond que votre « problème » est en réalité la description de votre produit, c'est un signal — et il a raison plus souvent qu'on ne l'accepte.
3. Décrire le marché sans inventer de chiffres
Pour le marché suivant : [ton marché, ta zone géographique]
Ne me donne AUCUN chiffre de taille de marché.
À la place :
1. Liste les sources françaises où je peux trouver ces chiffres moi-même
(organismes, fédérations, bases publiques), en précisant ce que chacune
contient exactement.
2. Donne-moi la structure de calcul ascendante à appliquer : quelles
variables multiplier, dans quel ordre.
3. Liste les filtres que je devrai justifier pour passer du marché total
au marché réellement accessible.
Pourquoi interdire les chiffres : c'est la fabrication la plus dangereuse d'un modèle, et celle qui finit copiée telle quelle dans un dossier. Un chiffre non sourcé dans un business plan est une bombe à retardement.
La vérification : allez chercher les chiffres vous-même. Notre article TAM SAM SOM détaille la méthode ascendante, et le calculateur TAM SAM SOM déroule le calcul en imposant les hypothèses sourcées.
4. Cartographier la concurrence, y compris celle qui n'en a pas l'air
Mon offre : [description]
Ma zone : [géographie]
1. Liste les TYPES de concurrents que je devrais chercher, sans me donner
de noms d'entreprises.
2. Inclus les substituts et l'inaction : que font aujourd'hui les gens qui
ne prennent aucune solution ?
3. Donne-moi la grille de comparaison à remplir : quelles colonnes, et
pourquoi chacune compte pour mon dossier.
Pourquoi ne pas demander de noms : un modèle produit des noms d'entreprises vraisemblables, dont certains n'existent pas. Demandez les catégories, trouvez les noms vous-même — l'Annuaire des Entreprises permet de lister les sociétés réelles par activité et par département, y compris celles qui n'ont aucune présence en ligne.
5. Construire le modèle économique
Voici mes hypothèses économiques :
- Prix : [ton prix]
- Coût variable par unité : [ton coût]
- Charges fixes annuelles : [ton total]
- Volume envisagé : [ton hypothèse]
1. Ne recalcule pas mes chiffres, mais dis-moi lesquels sont
invraisemblables au vu de mon secteur, et pourquoi.
2. Liste les postes de charges que les créateurs oublient le plus souvent
dans ce type d'activité.
3. Pose-moi les 5 questions qu'un banquier posera sur ces hypothèses.
La vérification : le point 2 est celui qui rapporte. Rémunération du dirigeant, assurance professionnelle, provisions, coûts d'approche — la liste des oublis classiques vaut mieux qu'une projection générée.
Faites ensuite les calculs vous-même : le calculateur de seuil de rentabilité donne le volume à atteindre et la date, le calculateur de marge commerciale la marge unitaire.
6. Le pre-mortem
Nous sommes dans 24 mois. Ce projet a échoué.
[description du projet]
Rédige la note d'analyse post-échec : les 6 causes probables, classées de
la plus probable à la moins probable, avec pour chacune le signal qui
serait apparu en premier et à quelle échéance.
Ne mentionne aucune cause générique comme « manque de financement » ou
« mauvaise exécution » : je veux des causes spécifiques à CE projet.
Pourquoi ça marche : en projetant l'échec comme un fait acquis, vous levez le biais de complaisance du modèle. C'est le seul prompt de la liste où il produit spontanément des critiques précises.
La vérification : les six causes deviennent votre registre de risques, et les « signaux qui apparaîtraient en premier » deviennent vos indicateurs de suivi.
7. Le plan d'exécution
Voici mon projet et mes hypothèses validées : [résumé]
Voici les ressources dont je dispose : [temps, argent, compétences, réseau]
Construis un plan sur 12 mois découpé en 4 trimestres.
Pour chaque trimestre : l'objectif unique, les 3 actions qui y contribuent,
et le critère chiffré qui dit si l'objectif est atteint.
Contrainte : chaque trimestre doit lever une incertitude, pas seulement
produire du livrable.
La contrainte finale est ce qui rend le prompt utile. Sans elle, vous obtenez une liste de tâches. Avec elle, vous obtenez une séquence d'apprentissages — la même logique que celle du MVP.
8. La relecture adverse
Voici mon business plan terminé : [colle ton texte]
Tu es le membre du comité de crédit qui a décidé de refuser ce dossier.
Rédige la note interne qui explique ta décision à tes collègues.
Sois précis et cite les passages exacts qui posent problème.
Ne cherche pas d'équilibre : ta note doit uniquement exposer les raisons du refus.
Le prompt le plus rentable des huit. Il donne systématiquement des éléments que les sept autres n'ont pas produits, parce qu'il place le modèle dans une position où sa complaisance joue contre vous plutôt que pour vous.
La vérification : traitez chaque objection de trois façons — je corrige, je documente pourquoi ce n'est pas un problème, ou j'assume et je le dis dans le dossier. La troisième option est parfaitement acceptable et rassure souvent plus qu'un silence.
Comment enchaîner les huit
L'ordre compte. Les prompts 1 et 2 cadrent, 3 à 5 remplissent, 6 à 8 éprouvent.
1 → 2 Cadrer une demi-journée
3 → 4 → 5 Remplir une à deux semaines (le travail de terrain)
6 → 7 Éprouver une demi-journée
8 Relire une heure, puis corriger
L'essentiel du temps est dans la deuxième ligne, et aucun prompt ne peut la raccourcir : c'est là que vous allez chercher les chiffres, appeler des gens et vérifier des sources. Les prompts vous disent quoi chercher, pas ce que vous allez trouver.
Ce que ces prompts ne feront pas
Ils ne rédigeront pas votre business plan à votre place — et c'est délibéré. Un dossier rédigé par un modèle présente cinq signaux qui le trahissent, détaillés dans Faire son business plan avec l'IA.
Ils ne valideront pas non plus votre projet. Ils vous aident à construire un dossier cohérent ; la cohérence n'est pas la véracité. C'est ce travail-là — chiffrer le marché réel, identifier les concurrents qui existent vraiment, hiérarchiser les risques — que Stratify Hub fait à partir de la description de votre projet, avec des données recherchées plutôt que générées.
Questions fréquentes
Peut-on écrire un business plan entièrement avec ChatGPT ? Techniquement oui, et un lecteur expérimenté s'en apercevra. Le problème n'est pas le style mais le fond : un dossier généré contient des chiffres non sourcés, des concurrents approximatifs et des projections sans hypothèse explicite. Ce sont exactement les trois points qu'un banquier vérifie en premier.
Faut-il dire qu'on a utilisé l'IA pour rédiger son business plan ? La question ne se pose pas dans ces termes : personne ne demande quel traitement de texte vous avez utilisé. Ce qui compte, c'est que les chiffres soient vérifiables et les hypothèses assumées. Si vous ne pouvez pas défendre une phrase de votre dossier à l'oral, elle n'a rien à y faire — quelle qu'en soit l'origine.
Ces prompts fonctionnent-ils avec Claude ou Gemini ? Oui, sans modification. Les écarts entre modèles sont plus faibles que l'écart entre un bon et un mauvais usage. Le biais de complaisance et la fabrication de chiffres existent chez tous.
Que faire des chiffres que le modèle produit malgré la consigne ? Les supprimer, ou les vérifier auprès d'une source nommée avant de les garder. Un modèle génère parfois des données même quand on le lui interdit : c'est une raison de plus pour ne jamais copier un chiffre sans l'avoir retrouvé ailleurs.
Combien de temps prend un business plan construit ainsi ? Deux à trois semaines pour un projet simple, dont l'essentiel en recherche et en vérification. Les prompts font gagner du temps sur la structure et la rédaction — pas sur le travail de terrain, qui est précisément ce qui donne sa valeur au dossier.
Cet article fait partie de notre série sur l'IA et l'entrepreneuriat.




